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Questions-réponses avec Jean-Charles Nayebi

 

Y a-t-il des risques pour la vie familiale dans le monde multi-média?

Il y a, trois catégories de risques pour la vie familiale qui sont les suivantes:

1- La catégorie des risques liés à la vie conjugale dans les profiles de la cybersexe –dépendance ou de la cyberdépendance communicationnelle (chat, forums etc.) de l'un ou de l'autre des parents dans le foyer.

2- La catégorie des risques liés la dépendance des adolescents aux cyberjeux avec l'isolement de la vie familiale et relationnelle qu'engendre cette addiction.

3- La catégorie des risques liés à l'enfance à travers une mauvaise initiation aux habitudes de consommation de multimédia avec les dangers de la mise en place d'une future addiction et/ou de risques d'expositions aux contenus choquants.

Quels dangers guettent nos enfants à travers l’écran de leurs ordinateurs ou autres consoles de jeux ?

Ces dangers sont multiples, je vais donc en mentionner que les grandes lignes. La culture de consommation dans laquelle baignent nos enfants les expose aux sollicitations démesurées des marchands de toutes sortes. Il existe des jeux ou des sites Internet qui glissent, sans vergogne, des messages publicitaires ou des formulaires d'enquête dans leurs contenus prétendument destinés aux enfants mais qui visent surtout le portefeuille des parents. Les enfants, du fait de leur immaturité, sont susceptibles de fournir plus aisément les informations sur les habitudes de consommations familiales aux cyber marchands, surtout lorsqu'ils leur promettent des cadeaux...

Un autre danger qui guette nos enfants sur le Net, c'est bien celui relevant de la cybercriminalité sexuelle. L'on pourrait penser qu'à travers la médiatisation des cas de cyber prédations, ce danger est suffisamment pris en considération par les parents mais mon expérience personnelle dans mes consultations me fait penser qu'il y a encore beaucoup trop de parents qui ignorent la nature de l'usage que font leurs enfants de l'ordinateur ou de l'Internet.

Les enfants peuvent télécharger, illégalement, de la musique ou des filmes pour faire "comme des copains". Ceci engage la responsabilité juridique directe des parents qui pourraient écoper de fortes amandes ou même d'emprisonnement.

La mode des "blogs" a fait également parler d'elle car les enfants peuvent mettre en ligne des contenus illicites ou répandre des rumeurs sur leurs camarades ou sur le personnel enseignant seulement en quelques cliques de souris. Là aussi les parents peuvent avoir de sérieux ennuies.

Les consoles de jeux, notamment celles qui offrent la possibilité de jouer en réseau, peuvent jouer un rôle déterminant dans la mise en place d'une dépendance. Je précise que l'usage modéré et surveillé des jeux ou de l'informatique ne pose pas de problème aux usagers, petits et grands. Le problème survient lorsque les parents n'arrivent pas à inculquer une hygiène de consommation et une autodiscipline aux enfants.

A quel âge peut-on devenir « cyberdépendant » ?

Il n'y a pas de critère d'âge pour une dépendance. La dépendance est un comportement distordu et peut s'observer à n'importe quel âge. Par exemple, dans les cas de dépendance de la mère aux substances toxiques, l'on observe même des cas de "manque" chez le nouveau-né.

Les tout petits commencent à se servir de l'ordinateur à partir de l'âge de trois ans; fort heureusement l'instinct de jeu les amène justement à varier les stimulations d'un jeu. Autrement dit, ils préfèrent regarder les images, jouer sur des logiciels de dessein etc. mais n'ont pas propension à devenir accrocs. Entre 3 et 6 ans, se mettent en place beaucoup d'occurrences psychologiques et notamment celles liés à la discipline d'une consommation. Cette période est donc très importante pour dispenser une pédagogie préventive.

Comment savoir si mon enfant est « cyberdépendant » ?

Il suffit de l'observer: Les cyberdépendants manifestent toute une séries de signes que j'énumère dans mon livre dont les plus évidents sont ceux liés au nombre d'heures passées sur l'ordinateur ou sur la console de jeu, ceux liés à l'agacement qu'ils manifestent dans des proportions démesurées lorsqu'ils sont privés de leurs gadgets, ceux liés à la "tolérance" avec l'augmentation progressive de l'usage qu'ils font de l'ordinateur ou de leur console de jeu, et ceux liés au rétrécissement de leur univers relationnel.

Avez-vous parmi vos patients des enfants « cyberdépendants » ? Des enfants qui ne peuvent plus se passer de leur ordinateur, de leur console de jeux, de leur tamagoshi, etc. ?

Enfants ou adolescents, les enfants accrocs ou les parents inquiets ne manquent pas. L'exemple du tamagoshi que vous évoquez est exemplaire de la façon dont un enfant, même très jeune, peut tomber dans l'engrenage de la dépendance. Dès sa sortie, Tamagoshi a ému le corps enseignant et les psychologues du monde dans la mesure où les enfants peuvent devenir, parfois, de véritables esclaves affectifs de ce gadget. La perturbation affective de certains enfants, à la mort de l'animal, d'une durée de vie de 3 mois ou quand la pile est épuisée, l'obsession engendrée par la bestiole virtuelle qui les empêche de suivre les cours à l'école, a contraint des établissements scolaires de plusieurs pays d'en interdire la possession dans leurs enceintes.

Que conseillez-vous aux parents pour un bon usage du multimédia ?

Mon premier conseil peut vous paraître surprenant mais il est de bon sens: Ne donnez pas à vos enfants le mauvaise exemple! Il y a encore beaucoup trop de papas ou de mamans (en moindre proportions) qui sont collé(e)s à leur ordinateur y compris en prétextant le travail. Il y a également le cas des parents qui jouent aux jeux sanglants devant les enfants tout en leur disant qu'ils sont trop petits pour participer au jeu! L'enfant pense naturellement, en ces moments, que grandir est également la liberté de jouer aux jeux de massacre...

Mon deuxième conseil aux parents c'est qu'ils apprennent eux-mêmes à se servir convenablement d'un ordinateur, des logiciels de protection parentale, et l'éthique de l'usage du Net. S'informer sur leurs droits et leurs devoirs sur le réseau des réseaux, leur permettra d'être en mesure d'apprendre à leurs enfants des règles d'autodiscipline qui protégeront ces derniers du risque de devenir des consommateurs excessifs.

Je leur conseille également d'accompagner les enfants dans leurs activités sur le Net et de les mettre en garde contre les dangers qui les guettent. Ils doivent se renseigner sur un jeu que l'enfant demande, avant de le lui acheter les yeux fermés. Même chose pour les cadeaux que l'enfant reçoit de la part des grands parents attendris!

Un autre conseil consiste à limiter le temps de consommation informatique des enfants et de leur proposer des activités ludiques, artistiques et sportives.

Combien de temps un enfant doit-il passer par jour ou par semaine sur son ordinateur ou sa console ?

Je préconise de ne pas dépasser 2 heures d'activités pixélisées par jour. En fin de semaine on peut doubler ce temps atteignant 4 heures. Il faut leur proposer de faire des pauses, les habituer à ne pas bâcler les repas pour aller jouer, leur proposer de l'activité réelle, d'être présent lorsque les parents reçoivent ou de les accompagner lorsque les parents se déplacent. Consacrez également du temps à lui apprendre, progressivement, que c'est à lui d'éteindre l'ordinateur ou la console au lieu de le faire à se place. Vous aurez compris qu'il s'agit de leur apprendre, dans le temps, une autodiscipline et non de leur apprendre à attendre que vous exerciez un contrôle à leur place.

Comment choisir les jeux de son enfant ? Selon quels critères ?

Ne pas hésiter à faire aider par les vendeurs. Ils connaissent souvent bien les jeux qu’ils vendent, ce qui signifie que les surfaces ou les boutiques spécialisées sont plus propices que les grandes surfaces pour ce genre d'achats. Les jeux vidéo et/ou les jeux en réseau sont parfois très violents, voire interdits aux moins de 18 ans. Des grilles de classification selon les âges existent et sont mentionnées sur la plupart des boîtiers des jeux. Il s’agit du tout premier système européen d'appréciation par ordre d’âge des jeux électroniques et vidéo. Il est donc utile de se familiariser avec cette grille.

Le système PEGI[1] reconnaît cinq catégories d’âge, à savoir :

3+ : jeu pour tout public
7+ : si votre enfant a moins de 7 ans, ce jeu est sûrement trop difficile pour lui
12+ : si votre enfant a moins de 12 ans, ce jeu lui est déconseillé soit à cause de sa difficulté, soit à cause de ses contenus choquants
16+ : si votre enfant a moins de 16 ans, ce jeu lui est fortement déconseillé soit à cause de sa difficulté, soit à cause de ses contenus choquants
18+ : si votre enfant a moins de 18 ans, ce jeu lui est fortement déconseillé soit à cause de sa difficulté, soit à cause de ses contenus choquants
En plus de cette hiérarchie chronologique, PEGI propose une évaluation au moyen de description de contenus. Six critères sont retenus :

Jeu contenant des scènes violentes
Jeu faisant allusion à la sexualité
Jeu se référant à la consommation de drogues
Jeu risquant de faire peur aux jeunes enfants
Jeu risquant d'inciter à la discrimination
Jeu faisant usage de langage grossier

Enfin, si les parents ne veulent pas que l'enfant joue en réseau, il convient de choisir des jeux qui n’offrent pas l’option multi joueurs en réseau.

À quel âge un enfant peut-il commencer à surfer sur le WEB ? Sous quelles conditions ?

Dès l'âge de trois ans l'on peut les intéresser à la navigation sur Internet. Il s'agira, bien naturellement, de la navigation assistée par les parents. L'on peut dénicher quelques sites convenables pour leur tranche d'âge et les mettre dans la liste autorisée du logiciel du contrôle parental. Cette navigation assistée est une excellente occasion pour dispenser les conseils d'usage avec un langage adapté pour l'age, tel que je l'évoque dans mon livre. Cette liste et l'assistance parentale se modifieront à mesure que l'enfant grandit, un préadolescent de 12 ans ayant d'autres centres d'intérêts que l'enfant de 6 ans, de même que le degré de maturité de l'enfant sera pris en considération dans l'exercice du contrôle de présence des parents.

Si on prend toutes les précautions nécessaires, l’ordinateur peut-il être un bon outil pour l’enfant, un bon moyen pour s’ouvrir sur le monde ?

Lorsque nous parlons de la cyberdépendance ou de l'hygiène nécessaire à son utilisation, nous ne faisons pas le procès de l'Internet ou de l'ordinateur. Lorsque nous parlons des dangers de la consommation immodérée des jeux informatiques, nous n'accusons ni le jeu ni les joueurs. Une très grande majorité des usagers n'a pas vocation à connaître des problèmes liés à l'usage distordu de cet outil. La modernité, qui oriente mes recherches depuis 15 ans, a beaucoup à offrir à nos enfants. Mais cette même modernité nécessite adaptation à son incursion dans notre vie de tous les jours. Il y a donc des "accidentés" de cette adaptation, les cyberdépendants en l'occurrence, dont je m'occupe comme clinicien et comme thérapeute. L'ordinateur est un outil, tout comme peut l'être une pelle ou une pioche! L'on peut s'en servir dans une construction, et c'est souhaitable, comme l'on peut s'en servir pour démolir. L'enfant humain s'ouvre sur le monde en utilisant ses potentiels perceptifs y compris auditif et visuel. L'ordinateur doit être considéré comme une stimulation parmi tant d'autres possibles. Regarder un chat sur l'écran et entendre son miaulement en cliquant sur l'image c'est bien mais caresser un vrai chaton est une expérience irremplaçable pour votre enfant.

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[1] Le sigle PEGI, en anglais «Pan European Game Information», www.pegi.info.

 

 
 

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