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Cyberdépendance et le développement personnel!

Les actualités et précisément les faits divers ont le singulière mérite de nous rappeler que la modernité change, et pas seulement dans le sens du progrès, nos conditions d'existence, de façon quotidienne et qu'il faut repenser constamment le champ de nos limites à observer. Si historiquement les cas de matricides ou de patricides relevaient de querelles intestines pour s'emparer du tronc d'un royaume ou de sordides passages à l'acte dictés par des considérations d'héritage de biens et d'argent, ces cas semblent désormais s'étendre au domaine très vaste et méconnu de la cyberdépendance, galopante mais ignorée pour l'heure.

La dépêche qui tombait, le 14 juin 2007, sur les scripteurs relate le cas d'un accro à Internet qui poignarde ses parents. L'agression se déroule en Chine, où un adolescent a tué sa mère et sérieusement blessé son père après que ceux-ci aient refusé de lui donner de l'argent afin qu'il puisse aller dans un cybercafé, peut-on lire dans un article de l'agence de presse étatique Chine Nouvelles (Xinhua).

Le jeune homme a poignardé à mort sa mère et a ensuite sauté sur son père alors que celui-ci rentrait à la maison après sa journée de travail. Sérieusement blessé, le père a tout de même réussi à se rendre à la maison voisine où habite son frère afin d'appeler la police. Une fois les policiers sur les lieux du crime, ils ont trouvé l'adolescent assis seul dans sa chambre.

Lors de son interrogatoire, le jeune homme a avoué qu'il planifiait déjà, depuis quelques semaines, le meurtre de ses parents, qui, d'après lui, «limitaient sérieusement son développement personnel». L'adolescent, déscolarisé - qui rêvait de devenir politicien ou économiste - passait tout son temps libre dans les cybercafés, à jouer à des jeux vidéo sur Internet.

Le rétrécissement de l'univers personnel, la coupure chez le cyberdépendant d'avec la réalité, n'est pas anecdote de psychologues. Ces adolescents qui cultivent l'idée d'un "développement personnel" en pratiquant un jeu vidéo à outrance, ne sont pas rares, y compris dans nos contrées occidentales. Avant d'en arriver, dans un second temps à une altération du jugement, les heures interminables passées devant l'écran de leur ordinateur permettent à ces adolescents, dans un premier temps et à force d'entraînement, de maîtriser de mieux en mieux un jeu, une arme ou une stratégie. En chiffrant leur "niveau" le logiciel leur donne quitus de leur amélioration, de leur perfectionnement. Ces "niveaux" dans quelques cours de lycée ou sur des forum de discussion de "gamers" excèdent largement, dans le sens de la valorisation individuelle, le cadre de ce que les générations non encore nanties de la réalité virtuelle considéraient comme valorisant, c'est-à-dire les notes aux partiels et la moyenne des notes scolaires!

Sur cette question de "manque", devenue meurtrière chez ce jeune adolescent chinois, la dépendance, même sans drogue ou plutôt à la drogue virtuelle, la logique homicidaire peut être plus élaborée que celle que nous savions de quelques cas de toxicomanies assassines. Ceux qui empêchent l'adolescent de s'adonner à sa jouissance morbide, sont des ennemies pour lui. Or les ennemies, dans ce qu'il sait pratiquer de mieux, dans le jeu, sont à éradiquer...L'univers fantasmatique inspiré des avatars du jeu, envahissant de façon quasi permanente l'esprit du cyberjeu-dépendant, contribue à étayer la planification du passage à l'acte. Les parents sont à présents les combattants adverses, l'élimination est le but, la surprise est la stratégie, la sauvegarde de ce développement personnel est la mission! Autrement-dit, la réalité psychique remplace, dans une confusion, la réalité. Or le cerveau du cyberdépendant est habitué à ignorer les frontières entre la réalité et la réalité virtuelle!

Pour contrer le problème grandissant de dépendance des adolescents chinois à Internet, le gouvernement chinois, bien en difficultés avec ce problème (L'opium électronique du peuple en Chine; Libération du 22/08/2006), a récemment annoncé qu'il freinera l'expansion des cafés Internet sur son territoire en n'émettant plus de nouveaux permis pour le reste de 2007. En France, nous sommes toujours assez frileux pour aborder cette question et pour informer les consommateurs des dangers de la cyberdépendance.

Jean-Charles Nayebi est Docteur en psychologie, psychothérapeute. Il est auteur de "Cyberdépendance en 60 questions" chez RETZ.

 

 

 

 

 

 
 

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