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Qu'est-ce que le FOMO ? Est-ce qu'il existe vraiment ou n'est-ce qu'un nouveau concept à la mode ?
Si oui, quelles sont ses origines ? Comment se traduit-il ?


Fear of missing out, est la peur de manquer un évènement, de rater une présence au bon moment. C’est une névrose moderne, actuelle, et son existence semble de plus en plus certaine dans les discussions cliniques des spécialistes outre-atlantique. L’origine de cette peur est anxieuse. Il s’agit d’une anxiété de ratage, comme si la personne qui ressent cette anxiété devait assurer une permanence en termes de présence sur le réseau social afin de ne pas manquer quelque chose qui pourrait se passer à son insu.


Cette difficulté à choisir entre plusieurs soirées, par exemple, a toujours existé. Comment les nouvelles technologies/réseaux sociaux voire même le smartphone ont-ils renforcé cette angoisse ?


La névrose actuelle est une entité pathologique ancienne. FOMO n’en est qu’une traduction moderne. Ce que le web 2.0 a changé, c’est la temporalité : Avant, on connaissait les tenants et les aboutissant d’une absence mais aujourd’hui la culture de son image propre est devenue une religion privée et obsessionnelle. A l’aide de smartphone, par exemple, j’apprends immédiatement que quelqu’un de mon groupe de discussion me remplace au pied levé dans une soirée et peut « poster » des choses qui ne me sont pas favorable si je ne surveille pas et si je ne réagis pas immédiatement. Si aucune information ne sort de cette soirée, anxieux, je peux en conclure qu’il s’est dit des choses horribles sur moi…

Comment expliquer ce besoin de consulter les mails, réseaux sociaux, smartphone de façon aussi pathologique ? Pourquoi avons-nous du mal à gérer ces flots d'informations ?


Les nouvelles technologies de communication sont des machines puissantes dont l’usage n’est modéré par aucune culture !
Dans n’importe quelle gestion, il est toujours question de modèle ou d’une culture apprise. La culture d’entreprise, les codes et les schèmes sociaux en sont des exemples pertinents. Prenez l’exemple du courriel. Avant on savait que le facteur passait une fois par jour ; si le courrier qu’on attendait sous forme d’une lettre de réponse n’était pas dans la boite à lettre à 10 heure du matin, notre culture nous disait que d’ici demain, il n’y aura rien. On passait à autre chose pour le reste de la journée. Maintenant vous pouvez recevoir une réponse à n’importe quel moment de la journée et comme vous attendez cette réponse, vous allez vérifier vos courriels toutes les cinq minutes. Aucune culture ne vous permet de vous apaiser, de gérer vos angoisses dans une échelle de temps soumis à la modération culturelle.


Quel impact est-ce que le FOMO peut avoir sur nos relations avec les autres ? (Par exemple, difficulté à s'investir dans une relation amicale ou à être dans l'instant présent parce qu'on a le nez dans son smartphone ? )


L’anxiété de ratage introduit une dimension d’immédiateté dans la relation à l’objet de jouissance. Il s’agit, en d’autres termes, d’une exigence fracassante pouvant endommager la progressivité naturelle dans l’évolution d’une relation. Par ailleurs, pour les relations déjà établies, la chronophagie des nouvelles technologies de la communication est problématique car plus je passe de temps sur mon réseau social, moins je m’occupe de mes relations dans le réel.

Et quels sentiments cela développe en nous ? ( frustration à cause de cette impression que l'herbe est toujours plus verte ailleurs ? solitude car on a l'impression que notre vie est moins palpitante que celles des autres ?)


Comme je l’indiquais plus haut, la culture de l’image de soi est devenue une préoccupation importante de nos jours. Sur les réseaux sociaux par exemple, les gens mettent en ligne le plus souvent ce qui leur arrive de mieux : Les voyages, les acquisitions, les rencontres etc. Si je viens de recevoir une lettre de ma banque m’annonçant que je suis dans le rouge et que je dois bronze dans un jardin publique alors que les amis sont sur la côte, forcément je vais considérer que décidemment ma vie est moins rose que celle des autres… La frustration et le sentiment d’injustice sont donc de mise.

Et enfin, comment "guérir" du FOMO ?


Fomo n’est qu’une anxiété, guérir de l’anxiété passe par une remise en cause de notre gestion de l’angoisse. Un travail thérapeutique est parfois nécessaire pour s’en sortir car la personne seule n’y arrive pas. Dans la plupart des cas, lorsqu’on restreint l’usage de ces nouvelles technologies, lorsqu’on se discipline, l’anxiété se dissout. Une bonne hygiène de consommation du web préserve de la survenue et du maintien de l’anxiété de ratage.

Existe-t-il une addictions aux nouvelles technologies (internet, smartphone, réseaux sociaux, jeux vidéo) et comment peut-on la définir? Si on ne peut pas parler d'addiction, de quoi peut-on parler?

Il existe en effet des formes d’addiction aux nouvelles technologies. Je préfère d’ailleurs utiliser le terme de la dépendance qui est plus français. Les formes les plus rencontrés sont la dépendance au cyber-jeu, celle au cybersexe, celle de la cyber-communication y compris les réseaux sociaux, puis les cyber-amassages de tout comme des téléchargements excessifs et autres achats compulsifs sur le Net.

D'où vient cette addiction? Comment s'explique-t-elle? Depuis quand cela existe-t-il?

Les addictions comportementales –la cyberdépendance en est une- ont toujours existé mais les cyberdépendances ont émergé même avant la démocratisation de l’Internet avec le minitel et les téléphones roses. L’explication de ces dépendances ne diffère pas de celle des autres toxicodépendances. Il faut qu’il y ait rencontre entre l’usager et le produit, que cette expérience soit plaisante au départ, et en troisième lieu il faut que la répétition de l’expérience dévie en perte de contrôle. C’est la transformation du plaisir en besoin en quelque sorte.

En quoi est-ce différent des autres types d'addictions (alcool, drogues, et autres...)?


Les modalités de l’instauration, l’expérience subjective et l’engrenage vers une perte de contrôle obéissent au même schéma que les autres addictions. Ce qui diffère c’est que contrairement à l’alcool ou la drogue dure, cette drogue virtuelle n’est pas cher, elle est légale et disponible 24/24 et 7/7. En outre, l’objet de l’addiction est avant tout un outil de travail et de loisir ! Vous aurez compris, c’est juste un autre produit…

Quel type de personnes touche-t-elle? (âge, sexe?): y'a-t-il un public plus concerné?


Les hommes sont plutôt en difficulté avec la cyberpornographie et les jeux virtuels alors que les femmes semblent plus atteintes par la cyber communication. Il s’agit là, d’une approximation car les femmes dépendantes de cybersexe ou de cyberjeu aussi bien que les hommes dépendants des réseaux sociaux existent mais sont minoritaires.
Les personnes seules, narcissiquement fragiles, les personnes dont la vie réel est moins plaisante que leur vie virtuelle, les adolescents qui n’ont pas encore un jugement social complètement construit, les personnes avec des profils antidépressifs sont autant de profiles à risque.

Que révèlent les comportements excessifs des gens avec les nouvelles technologies ?


Probablement que le besoin de s’anesthésier le cerveau augmente dans les sociétés modernes ! Aussi que l’on a mis entre les mains des gens une technologie puissante mais que la culture appropriée à cette technologie manque. La combinaison de ces deux constats explique ce phénomène. Jusqu’à maintenant, les hommes ont toujours inventé des objets, puis ont eu le temps de fabriquer une culture d’objet. Prenez l’exemple de l’automobile : il a fallu fabriquer des routes, des feux de signalisations, des lois et des règlements de la circulation puis les auto-écoles. On avait le temps de s’adapter … avec les nouvelles technologies, à peine vous avez le temps d’apprivoiser une invention qu’elle est obsolète ! Quand votre bidule électronique a plus de 6 mois, vous êtes hasbeen !

Pourquoi a-t-on du mal à décrocher ?


La cyberdépendance se vit dans la honte, dans la culpabilité et dans l’anonymat. La prise de conscience est lente, c’est souvent l’entourage qui donne l’alerte. Puis la réalité du cyberdépendant n’est pas drôle. De plus il y a le syndrome de manque qui met en échec les tentatives de sevrage
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Peut-on revenir en arrière et est-ce souhaitable ?


L’être humaine est capable de revenir en arrière de son histoire uniquement en ce qui concerne les valeurs, jamais en ce qui concerne son confort ! Je ne suis pas sûr que ce soit souhaitable non plus car si à chaque fois nous rencontrons nos limites nous faisons machine arrière l’évolution de la civilisation serait interrompue. Ce dont nous avons besoin en la matière n’est pas une correction historique mais la production et l’enseignement d’une culture numérique, qui ne nous protègerait peut-être pas totalement, mais qui préviendrait bon nombre de perdition dans la cyberdépendance.


Les technologies ne cessent d’évoluer : comment réagir face à ça ?


Ne manger que ce qu’on est à même de digérer… A-t-on vraiment besoin de deux consoles portatives de jeu, deux ordinateurs derniers cris, et deux smartphones par personne. A-t-on besoin de dévoiler son intimité sur les pages de réseaux sociaux pour se faire des amis et paraître intéressant ?! Parfois j’ai tendance à penser que le problème n’est pas l’augmentation de l’intelligence de la machine mais la diminution du bon sens des hommes. Je me suis livré à une expérience intéressante: j’ai demandé aux parents des jeunes cyberdépendants que je soigne de faire une estimation des dépenses informatiques, en appareillage et en carte de jeu, sur 24 derniers mois. Puis je leur ai demandé de faire la même chose pour les dépenses en livre ou magazines consacrés à la prévention et à l’éducation numérique. En France ils avaient dépensé en moyenne 1200 euros en informatique et 1.30 euros en parution de la prévention. Au canada 1600 dollars en informatique et 8 dollars en prévention !


 

 
 

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